"Pourquoi Hauts-de-Seine et Yvelines doivent fusionner", Les Echos, 17 juillet 2017

 

Le rapprochement des deux départements formera une unité cohérente aux atouts complémentaires. Ce projet pose aussi la question cruciale de l’organisation territoriale de la région capitale.

Lire ce « Point de vue » de Pierre Bédier et Patrick Devedjian sur le site des Echos 

Le 30 juin, 73 conseillers départementaux des Yvelines et des Hauts-de-Seine sur 88 ont, conformément à la loi, demandé au gouvernement de prononcer la fusion de leurs deux départements. La balle est désormais dans le camp de l'exécutif. S'il sait s'en saisir, bientôt nos deux collectivités n'en formeront plus qu'une. Et elles auront décidé leur fusion comme un destin choisi, non comme une réforme imposée d'en haut.

Ce rapprochement présente à nos yeux beaucoup de sens. Nos territoires contigus forment à l'ouest du Grand Paris une unité cohérente aux atouts complémentaires. De poids démographique comparable, leur réalité spatiale est fort différente. Les 170 km2 des Hauts-de-Seine, très denses et urbanisés, contrastent avec le territoire 13 fois plus grand des Yvelines où la zone orientale dense se prolonge par la vallée industrielle de la Seine et les espaces ruraux et forestiers qui assurent la transition entre l'Ile-de-France et les départements normands qui la jouxtent.

Faire des économies et créer de la richesse

Réunis dans cet ensemble plus vaste et plus puissant, il nous sera possible d'organiser les services publics dont nos collectivités ont la charge à un coût moindre pour le contribuable. De fait, nous avons depuis dix-huit mois commencé à le faire en créant un établissement public interdépartemental grâce auquel nous avons mis en commun des services importants et lancé, en unissant nos forces, des projets innovants.

Notre projet vise aussi à créer davantage de richesse en accroissant l'attractivité de notre territoire unifié, en déployant des stratégies communes en matière de construction de logements et de bureaux, d'aménagement et de rénovation urbaine, en améliorant nos transports et la performance de nos outils d'enseignement supérieur et de formation.

Il nous permettra aussi de pérenniser la solidarité que nous devons aux parties de nos territoires qui en ont besoin, en zone urbaine comme en zone rurale, et aux populations les plus fragiles.

Eviter l'émergence d'un « no man's land »

Au-delà de nos deux territoires enfin, ce projet pose la question cruciale de l'organisation territoriale de la région capitale. Notre conviction est que le Grand Paris a besoin d'une métropole puissante, dynamique et équilibrée, capable de renforcer son attractivité au plan européen et mondial et de créer de la richesse pour elle et pour le pays entier.

Cette Métropole régionale que nous appelons de nos vœux avec de très nombreux élus de la région Ile-de-France ne peut être cette zone restreinte au cœur urbanisé de Paris et des trois départements de petite couronne, sans respiration, sans profondeur, incapable par sa définition même de concevoir et de mettre en œuvre les infrastructures de toute nature que suppose son développement.

Un espace étriqué laissant à l'écart une grande partie de la région Ile-de-France et de sa population dans une sorte de « no man's land » qui ne serait ni tout à fait Paris ni déjà la province. Une collectivité de plus et, qui plus est, inutile : trop vaste pour garantir la proximité nécessaire aux populations, trop étroite pour mettre en œuvre un dessein stratégique propice à la croissance économique.

Etendre le Grand Paris à l'Ile-de-France

La Métropole du Grand Paris, sauf à prendre pour modèle le royaume du père Ubu, doit dès lors se construire sur la réalité institutionnelle de la région actuelle en adaptant ses compétences afin de lui permettre de jouer pleinement son rôle d'aménageur stratégique. Elle doit concerner l'ensemble du territoire francilien qui n'est ni trop large ni trop peuplé quand il s'agit, et c'est bien le cas, de rivaliser avec les grandes métropoles mondiales.

La création d'une métropole régionale puissante accueillant en son sein des collectivités de proximité ambitieuses comme celle que formeront demain nos deux départements unifiés est une réponse moderne et adaptée à cet enjeu. C'est à ce débat que notre projet de fusion invite le président de la République et le Premier ministre, qui ne sauraient s'en désintéresser tant il est important pour la croissance française à ouvrir.

Pierre Bédier est président du Conseil départemental des Yvelines.

Patrick Devedjian est président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine

En savoir plus sur hauts-de-seine.fr

 

Ajouter un commentaire