Les départements sont indispensables, Le Journal du Dimanche, 7 octobre 2018

 

Le président (LR) des Hauts-de-Seine et de La Défense a pris la tête des sept départements franciliens sur deux initiatives fortes

Vous êtes à la tête d’une coalition de sept départements d’IIe de France qui demandent à entrer au capital de Paris Aéroport (ADP), bientôt privatisé. Pourquoi ?

Les trois principaux aéroports franciliens – Roissy-CDG, Orly, Le Bourget- jouent un rôle structurant dans l’aménagement de nos territoires, puisqu’ils disposent de 7 000 hectares de réserves foncières. Il est légitime, voire vital, que les départements qui administrent ces territoires soient associés aux décisions d’ADP en siégeant au conseil d’administration. Un contrôle public doit continuer à s’exercer. Les six autres présidents de département m’ont désigné pour conduire la défense de notre position commune. Le gouvernement a donné son accord. Un amendement à la loi Pacte a été adopté jeudi matin à l’unanimité à l’Assemblée nationale, avec une extension à l’Oise.

Quels sont les autres intérêts publics en jeu dans la privatisation d’ADP ?

L’organisation des transports à partir des aéroports est très importante. Par exemple, Roissy et La Défense, les plus gros pôles économiques de France, ne sont pas reliés par une liaison directe. C’est un problème ! Les départements ne vont tout de même pas apporter des financements au futur CDG-Express [qui doit relier Roissy à la gare de l’Est en 2024] ou à la ligne 17 du Grand Paris Express [jusqu’à Roissy en 2030] sans avoir un droit de regard. Nous n’avons évidemment pas les moyens d’être majoritaires : les 50,6 % d’ADP détenus par l’Etat représentent aujourd’hui 10 milliards d’euros. Nous nous associerons donc sans doute avec des partenaires privés. Nous voulons exercer un véritable contrôle, pas faire de la figuration.

Cette initiative s’inscrit-elle dans la même logique que le « fonds de solidarité et d’investissement interdépartemental » annoncé cette semaine ?

Ce fonds qui sera créé au 1er janvier 2019, permettra aux sept départements franciliens d’être solidaires. Il n’est plus besoin de le démontrer : les départements sont indispensables ! Emmanuel Macron est le premier à le dire maintenant. Quand il prononce son discours sur la pauvreté, il fait l’éloge de l’action sociale des départements. Ce n’est pas le cas des autres collectivités : les communes ont une action réduite, très localise ; la Région met de l’argent mais n’a pas de services sociaux : quant à la Métropole du Grand Paris (MGP) et aux établissements publics territoriaux (EPT), ils n’ont ni argent, ni services sociaux. L’action des départements est indispensable, je ne vois vraiment pas qui pourrait les remplacer.

Estimez-vous avoir fait plier le président de la République, dont la réforme du Grand Paris – et la suppression des départements de la petite couronne – semble au point mort ?

Je ne vois pas les choses ainsi. Emmanuel Macron a hérité d’un dossier empoisonné de François Hollande. C’est un dossier compliqué que le nouveau président maîtrisait mal quand il est arrivé. Je l’ai rencontré, je lui ai fait valoir notre point de vue, il m’a répondu : « Vous m’avez fait changer d’avis. »

C’est donc le statu quo dans le millefeuille institutionnel ?

Il y a trop d’étages. Il faut supprimer ce qui ne marche pas et consolider ce qui fonctionne, la MGP a vocation à fusionner avec la Région. Restent les EPT, qui sont effectivement un problème pour les communes et pour le contribuable.

Quels regards portez-vous sur les transports en commun saturés, les embouteillages, les couacs de Vélib’, l’explosion d’Autolib’ ?

Les présidents des départements déplorent le retard de deux à sept ans du Grand Paris Express. L’autre problème, c’est que Paris – seule ville de France qui ne soit pas engagée dans une intercommunalité – n’a pas de politique métropolitaine, notamment sur la circulation, et la MGP encore moins. Toutes les portes de Paris sont aménagées contre la banlieue, avec des sens interdits et des rétrécissements de circulation pour empêcher les voitures d’entrer dans la capitale. La porte d’Orléans est un scandale. De même la voie Georges Pompidou a été piétonnisée sans concertation avec les banlieusards.

Vous êtes le patron de Paris La Défense depuis six mois. Quels sont vos grands projets ?

Notre ambition est de transformer la Défense pour en faire un lieu de vie, avec de l’habitation, du loisir, des hôtels, de l’animation, plus le « tout bureau ». Deuxième axe : rationaliser les accès qui sont assez labyrinthiques. Troisième priorité : assurer la pérennité des infrastructures qui sont très fragiles et que l’Etat n’a pas consolidé pendant soixante ans. Le sous-sol est une jachère. Il faut le faire vivre. La Défense reste l’un des endroits où l’on peut construire des tours, qui correspondent à une demande internationale. Enfin, nous voulons désenclaver le quartier par rapport aux communes limitrophes. Par exemple, nous avons programmé la création d’une passerelle piétonne au-dessus du pont de Neuilly, pour mettre la dalle de La Défense au niveau de la dalle de Neuilly, de l’autre côté de la Seine, et assurer une continuité de la piste cyclable et de la piétonnisation. J’ai demandé le transfert du pont de Neuilly de l’Etat au département, comme pour le boulevard circulaire.

Interview recueilli par Bertrand Gréco