"La Métropole est mal partie", Le Parisien/Hauts-de-Seine, 17 février 2015

 

Le président du conseil général des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian, reste très critique sur la future Métropole du Grand Paris, dont l’un des aspects doit être abordé demain à l’Assemblée nationale. (Propos recueillis par Julien Dufflé)

Enième épisode dans l’interminable construction de la métropole du Grand Paris, qui doit voir le jour le 1er janvier 2016. Demain, l’Assemblée débutera l’examen de la loi NOTRe (nouvelle organisation territoriale de la République) qui comprend un volet Grand Paris. Président depuis décembre de l’association d’élus franciliens Paris Métropole, et, à ce titre, associé à la création de la MGP, Patrick Devedjian fait le point. S’il donne crédit à Manuel Valls de chercher un « chemin de consensus » avec les élus, le patron (UMP) des Hauts-de-Seine reste très critique sur la future institution.

Vendredi, vous avez décrit la métropole comme une « machine à impopularité » dotée de « très peu de compétences ». Dans ce cas à quoi servira-t-elle ?

Patrick Devedjian. Je veux justement que la métropole serve à quelque chose, qu’elle soit utile. Aujourd’hui, dans le projet actuel, elle ne l’est pas. Les élus de Paris Métropole ont remporté une première bataille en faisant en sorte que les compétences de proximité (les bibliothèques, les conservatoires, les piscines…) restent dans les territoires, au moins jusqu’en 2019. Mais nous pensons que la métropole doit être dotée de compétences stratégiques pour rivaliser avec le Grand Londres. Son rôle est de rendre notre territoire plus attractif : attirer des investissements, créer de la croissance et lutter contre le chômage. Aujourd’hui, le Grand Londres nous taille des croupières : 300 000 Français sont partis y travailler. Or cette bataille n’est pas gagnée avec les compétences dont la métropole est dotée aujourd’hui.

« Elle a un contenu extrêmement faible et une gouvernance folle avec 348 élus »

C’est-à-dire ?

Elle n’en a aucune sur les transports, les routes, les aéroports, les ports fluviaux, l’économie… Même la compétence du tourisme lui a été refusée. Donc un contenu extrêmement faible et une gouvernance folle avec 348 élus. Cela veut dire 348 bureaux, 348 secrétaires… La région a 309 élus pour un territoire deux fois plus grand. Il faut commencer par réduire le nombre d’élus, c’est une condition sine qua non de crédibilité.

Vous voulez donc détricoter la région Ile-de-France ?

La question de la compatibilité entre la région et la métropole n’a jamais été posée.

Le logement, qui relèvera de la métropole, ce n’est pourtant pas un petit sujet…

D’abord, selon un sondage IFOP de novembre, le logement n’est que la sixième priorité des habitants de Paris et de la petite couronne pour la future métropole, loin derrière les transports, une meilleure gestion de l’argent public, l’amélioration du cadre de vie, la diminution des impôts locaux et l’emploi. Ensuite, il n’est pas prévu que la métropole aspire la compétence logement éparpillée entre le ministère et ses agences, le préfet de région, les préfets de département, la région, les conseils généraux, les communes… La métropole ne sera qu’un acteur de plus. D’ailleurs l’Etat prévoit vingt opérations d’intérêt national (OIN). Qu’est-ce que fera la métropole si l’Etat fait tout ?

Et la solidarité financière entre les territoires que doit assurer la métropole, ce que l’on nomme la péréquation ?

C’est très important la péréquation. Mais c’est le premier devoir de l’Etat, qui veut s’en décharger sur les collectivités locales. Pourtant il dispose d’un instrument privilégié : la dotation globale de fonctionnement (DGF) qu’il peut faire varier en fonction de la richesse de la collectivité. Et puis, on donne à qui et pour quoi faire ? Je défends le droit de faire des politiques différentes sur des territoires différents.

Donc, pour vous, la métropole, c’est mal parti ?

Il me semble. La preuve, elle doit commencer le 1er janvier 2016 mais n’a toujours pas d’adresse. La métropole est mal partie mais je ne me résous pas.

Propos recueillis par Julien Duffé

Lire aussi sur le même sujet, l'article de Jean-Pierre Gonguet sur La Tribune.fr du 18 février 2015 : http://www.latribune.fr/regions/ile-de-france/20150218tribf3a02b1d8/gran...

et l'actualité de www.hauts-de-seine.net (25 février 2015) : "La future Métropole n'a que très peu de compétences" télécharger le communiqué

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