Institut de France : 31ème Prix Chateaubriand à Alexandre Grandazzi pour "Urbs", 8 février 2018

 

Discours de Patrick Devedjian :

Mesdames et Messieurs les membres de l’Institut, Cher Michel Zink

Mesdames et Messieurs les membres du jury,

Mesdames et Messieurs les membres du comité de lecture,

Mesdames et Messieurs,

Cher Alexandre Grandazzi,

Je suis très heureux de vous retrouver pour ce rendez-vous littéraire, auquel nous sommes très attachés.

Depuis quelques années, nous avons la chance de célébrer le Prix Chateaubriand dans deux lieux différents : après la proclamation dans les Hauts-de-Seine, à la Maison de Chateaubriand, le prix est remis ici, à l’Institut de France.

Je remercie l’Institut pour cette « délocalisation heureuse », qui permet au lauréat de s’exprimer dans ces murs prestigieux et dont Gabriel de Broglie et Marc Fumaroli ont été les promoteurs.

Le Département a créé le Prix Chateaubriand il y a plus de 30 ans, et chaque année, l’enthousiasme reste intact, grâce à la grande qualité des ouvrages récompensés.

Cher Alexandre Grandazzi, vous avez consacré un travail monumental pour reconstituer, pièce après pièce, l’histoire de Rome, depuis le premier hameau au IXème siècle avant J-C, jusqu’à la mort du premier empereur, Auguste.

Ce n’est pas l’histoire expansionniste que vous analysez, c’est la ville proprement dite, le centre névralgique à l’intérieur de ses remparts, la transformation architecturale, sociologique, politique, qui aura vu défiler une période monarchique, l’avènement d’une République et les débuts d’un Empire.

Un examen de l’histoire de cette ville exceptionnelle, qui est alimenté par les données les plus récentes de l’archéologie, et qui permet de fournir des explications et des compréhensions nouvelles.

Ce livre est une leçon très moderne pour comprendre la logique du développement urbain. C’est une leçon pour les aménageurs.

Votre ouvrage, qui constitue un vrai travail d’orfèvre par la finesse des analyses à partir de faits ignorés ou méconnus, est aussi un récit extrêmement vivant sur Rome, une épopée écrite au présent, qui se lit comme un roman, comme si on y était...

Ici, l’érudition n’a pas peur de côtoyer la vulgarisation. C’est sans doute l’un des exercices les plus difficiles qui soit : transmettre, avec justesse, une histoire complexe, savoir jouer le rôle de passeur pour les profanes que nous sommes tous un peu !

C’est aussi l’objectif que nous avons voulu donner au Prix Chateaubriand : il s’agit de renforcer non seulement la vocation littéraire de la Maison de Chateaubriand, mais aussi son rôle d’animateur, son rôle pédagogique, dans la réflexion et les débats historiques.

C’est sur ce principe que repose notre projet de la Vallée de la Culture des Hauts-de-Seine.

Que ce soit à la Vallée-aux-Loups avec Chateaubriand, au Domaine départemental de Sceaux avec Colbert, à Boulogne avec les jardins du grand humaniste Albert Kahn ou à La Seine musicale de l’Ile Seguin, notre ambition est la même : faire vivre ce patrimoine départemental exceptionnel, et mettre la culture à la portée de tous les publics.

Le Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups a de plus en plus de succès, et c’est une très bonne chose ! En 2017, la fréquentation a atteint plus de

116 000 visiteurs, dont 23 000 dans la maison.

Notre objectif est que tous les publics se croisent et se côtoient dans ce domaine que Chateaubriand aimait tant : les amateurs de l’écrivain et du romantisme, mais aussi le public scolaire, les familles et les acteurs du champ social.

Nous voulons que tous ces visiteurs puissent aimer, puissent s’approprier ce patrimoine départemental qui est le leur !

Cher Alexandre Grandazzi, l’histoire de Rome que vous nous donnez à lire, est aussi celle de nos racines culturelles, de nos racines politiques.

Connaître cette histoire, c’est mieux regarder le présent et le monde qui nous entoure, avec sans doute plus de hauteur, plus de tempérance.

Relire cette histoire, relire notre passé, c’est aussi comprendre que nos sociétés ont toujours avancé sous l’effet d’un équilibre permanent entre pouvoirs et contre-pouvoirs. C’est cet équilibre qui nous permet d’évoluer, de progresser, année après année, siècle après siècle.

Chateaubriand aurait aujourd’hui votre livre sur sa table de chevet !

Lui qui a entretenu avec Rome (dont il a été ambassadeur), avec ses ruines antiques, une relation très forte, qui ont été une évidente source d’inspiration dans son œuvre.

C’est aussi devant les ruines de la Ville éternelle, devant le Colisée, que Chateaubriand se met en scène dans le plus célèbre portrait qu’on a peint de lui, celui qui a fait passer à la postérité son visage : le fameux tableau de Girodet, que nous avons tous en mémoire.

Ce portrait, vous pouvez l’admirer à la Maison de Chateaubriand, puisque nous en avons acquis le "modello" en 2015.

Je renouvelle toutes mes félicitations à Alexandre Grandazzi, que nous allons entendre dans quelques instants, et je laisse maintenant la parole à Michel Zink.