Bloc-notes de L’Opinion, "Faire barrage au Front national, c'est voter Macron", 3 mai 2017

Sortir de la monnaie unique nous conduirait à une très forte dévaluation, dont les plus démunis et les retraités seraient les premières victimes, ainsi qu’à une grande instabilité monétaire

« Le choix en politique n’est pas entre le bien et le mal mais entre le préférable et le détestable » (Raymond Aron)

Je vote Macron au second tour de l’élection présidentielle en 2017, comme les socialistes ont voté Chirac en 2002. Pas plus qu’eux, je ne demande ni ne souhaite entrer au gouvernement d’Emmanuel Macron, ou rejoindre sa majorité. Certes, la formation politique, à laquelle j’appartiens, a perdu le premier tour de l’élection présidentielle, alors qu’elle avait de grandes chances de la gagner, cela oblige ses responsables, dont moi-même, à la modestie. Mais, il n’en demeure pas moins que le projet que nous défendions pour la France conserve toute sa pertinence et n’est pas le même que celui d’Emmanuel Macron, en particulier pour la réduction de la dépense publique.

Je sais, les Français sont intelligents et n’ont pas besoin de consignes de vote. Mais, dans une démocratie digne de ce nom, les électeurs ont le droit de savoir ce que votent leurs représentants et pourquoi. On ne cesse d’ailleurs de le leur demander à propos de choses beaucoup moins importantes. Et cela peut aider certains d’entre eux à se forger leur propre opinion.

Climat délétère. La situation de notre pays est grave, Marine Le Pen peut être élue : l’abstention, le vote blanc ou nul, comme l’ambigüité, toutes ces attitudes lui profitent. Car elles aboutissent à réduire l’écart entre les deux candidats. Même si elle n’est pas élue, Marine Le Pen fera un score incomparablement plus élevé que les 18% de son père en 2002. Elle pèsera alors dans la vie politique nationale, un poids politique lourd et se présentera durablement comme une alternative. Les populismes finissent souvent par se rejoindre : la position de Jean-Luc Mélenchon est irresponsable et celle de Nicolas Dupont-Aignan, en désaccord avec nombre de ses électeurs locaux, devrait conduire Les Républicains à le faire battre aux prochaines élections législatives.

On ne joue pas avec la monnaie, alors qu’elle nous offre aujourd’hui les plus bas taux d’intérêt jamais connus !

Le monde entier scrute déjà ce que sera le score de l’extrême droite en France, qui aura des conséquences non seulement sur l’image de la France, mais aussi sur nos relations européennes et internationales. Si la France quittait l’Union européenne, elle ferait pour elle-même une faute majeure. Elle se trouverait isolée de ses voisins et davantage encore dans le reste du monde. Elle ajouterait un échec politique à une crise économique qu’elle n’est pas arrivée à juguler. L’Union européenne, elle-même, se trouverait devant une menace de dislocation bien plus forte encore que le Brexit anglais. Sortir de la monnaie unique nous conduirait à une très forte dévaluation, dont les plus démunis et les retraités seraient les premières victimes, ainsi qu’à une grande instabilité monétaire, décourageant les investissements et renchérissant les importations sans espoir de rééquilibrer notre balance commerciale. La dette française, déjà si élevée, s’accroîtrait et menacerait fortement le crédit de la France. La spéculation internationale nous placerait dans une situation proche de celle de la Grèce. Quand on a 100 % du PIB comme dette, que la dépense publique a bondi à 57 % de ce PIB, on ne joue pas avec la monnaie, alors qu’elle nous offre aujourd’hui les plus bas taux d’intérêt jamais connus !

Francs dévalués. Quant aux agriculteurs français, ils seraient les premiers à être privés des bénéfices de la politique agricole commune, dont ils perçoivent 20 % du budget européen consacré à la PAC. Aucune subvention nationale ne le compensera dans l’état de nos finances. Qu’ils demandent donc aux agriculteurs anglais ce qu’ils en pensent maintenant ! Et de plus, les emprunts libellés en euros devront être remboursés en francs dévalués, ce qui est ruineux.

Taxer les importations n’a aucun sens car les traités signés de longue date ne le permettent pas et de nombreux produits indispensables ne sont pas fabriqués en France. La plupart des produits élaborés sont multi-nationaux par leurs composants.

Bien évidemment, la politique européenne est critiquable à bien des égards, et d’abord en raison de la politique de la France. Il n’est aucune mesure de Bruxelles qui n’est adoptée sans le concours de la France. Les questions d’immigration qui agacent tant l’opinion publique restent sous la responsabilité des Etats malgré Schengen. Elles devraient être traitées par une politique commune, avec une police européenne aux frontières et des garde-côtes de l’Union pour chasser les passeurs, ignobles trafiquants qui exploitent la misère des victimes.

La question migratoire est directement dépendante de la paix, car c’est la guerre qui jette les familles sur les routes de l’exil

Politique isolationniste. Quant à la politique étrangère, croit-on que la France serait plus entendue au Proche-Orient si elle quittait l’Union européenne ? La question migratoire est directement dépendante de la paix, car c’est la guerre qui jette les familles sur les routes de l’exil. Au moment où Donald Trump menace de se dégager des conflits internationaux pour se cantonner dans une politique isolationniste, au moment où le terrorisme est exporté dans nos pays et où, à l’évidence, la sécurité du continent européen sera de moins en moins assurée par les Etats-Unis, ce moment est-il bien choisi pour se séparer de l’Union européenne ? Ne faut-il pas mieux s’unir, alors que les rapports de force dans le monde s’établissent de plus en plus à notre détriment : l’Union européenne ne représente que 7 % et la France moins d’1 % de la population mondiale. Marine Le Pen voudrait effacer l’Europe mais elle ignore le monde d’aujourd’hui.

 

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