Actualité GénéraleDiscours au MIPIM de Cannes le 11 mars 2009

Le monde traverse une crise économique grave, sans doute la plus difficile depuis la seconde guerre mondiale.

C’est une crise injuste, qui trouve son origine aux Etats-Unis avec un retournement du marché immobilier qui a entraîné une crise de solvabilité des ménages les plus défavorisés, souvent anormalement endettés.

Vous connaissez la mécanique implacable qui s’est ensuite mise en branle à travers la sphère financière, pour amplifier et mondialiser la crise.

En France, la crise a notamment renforcé un retournement du cycle immobilier, qui avait déjà commencé mais qui s’est fortement amplifié.

Le Président de la République a réagi vite.

Il a d’emblée adopté un ensemble de mesures pour sauver les banques et notre système financier. C’était un impératif pour l’économie, pour les entreprises et pour l’emploi des Français. Si les banques avaient été conduites à la faillite, les salariés, les retraités, les épargnants en auraient payé le prix fort.

Depuis l’été 2008, le Gouvernement est ainsi intervenu à plusieurs reprises pour assurer la stabilité du système financier :

L’Etat a mis en place un dispositif de garantie du refinancement des banques, dans la limite de 320 milliards d’euros.

Il a injecté 21,5 milliards d’euros dans le capital de six banques françaises afin qu’elles prêtent davantage.

L’Etat a aussi octroyé des garanties aux assureurs-crédit pour qu’ils poursuivent leur activité et pour compléter la garantie des risques qu’ils ne veulent plus prendre à 100 %.

En complément de ces soutiens nous avons pris des mesures directement orientées vers les entreprises : 22 milliards d’euros ont été injectés pour assurer le financement des PME, dans le cadre du plan PME d’octobre 2008.

Nous avons créé le Fonds stratégique d’investissement, doté de 6 milliards d’euros pour soutenir et protéger les entreprises françaises.

Un plan de soutien au secteur automobile de plus de 6,5 milliards d’euros a été annoncé, dont les crédits vont être prochainement ouverts en loi de finances.

Vous le voyez, le Gouvernement a fait le choix du pragmatisme.

Le 4 décembre dernier, le Président de la République a annoncé à Douai le plan de relance de l’économie, dont il m’a confié la mise en œuvre.

Ce plan a une priorité claire : investir massivement en 2009 pour créer de l’activité économique et donc de l’emploi, tout en renforçant sur le long terme la compétitivité de notre pays.

L’investissement passe bien sûr par l’Etat, par les collectivités locales, notamment avec la mesure FCTVA (Fonds de Compensation pour la TVA), et par les entreprises publiques.

Mais il passe aussi par le secteur privé – des mesures fiscales ont été adoptées pour alléger les contraintes pesant sur la trésorerie des entreprises.

Le plan de relance prévoit, à ce titre, 11,4 milliards de remboursement d’impôts.

Plus généralement, nous avons pris le parti de favoriser des investissements qui ont un fort effet de levier. Investir un euro dans la construction de routes ou dans la rénovation urbaine, c’est générer trois ou quatre euros de travaux avec les cofinancements des collectivités.

Les moyens financiers que nous avons engagés dans le plan de relance sont considérables : 26 milliards d’euros, c’est-à-dire 1,3 % du PIB.

Une fois n’est pas coutume : il faut dépenser vite. Mais de manière exemplaire en termes d’utilité économique et sociale.

C’est un vrai défi.

Dans cette perspective, plus de 1 000 projets ont été annoncés par le Comité Interministériel d’Aménagement et de Compétitivité des territoires du 2 février dernier.

Ils ont été sélectionnés sur trois critères :

  • Leur capacité à démarrer immédiatement.
  • Le montant des travaux qu’ils engendrent.
  • Le nombre d’emplois qu’ils créent.

Je serai extrêmement vigilant sur ces points. Et je n’hésiterai pas à redéployer des crédits vers d’autres projets qui n’ont pas encore été retenus si je constate en cours d’année que les travaux n’ont pas commencé.

Évidemment, les entreprises, et en particulier les PME et les TPE, sont au cœur de notre projet.

Lorsque l’Etat consacre aux financements d’investissements 11 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 4 milliards d’euros des grandes entreprises publiques, cela crée de l’activité.

Je pense notamment aux entreprises du bâtiment pour tous les travaux réalisés dans le domaine du patrimoine, et bien sûr pour l’effort considérable en faveur du logement et de la rénovation urbaine.

Je pense au domaine des infrastructures.

Je pense aussi à des mesures comme le doublement du prêt à taux zéro ou le dispositif « Scellier » de réduction d’impôt pour l’investissement locatif, qui constitue une aide pouvant aller jusqu’à 75 000 euros.

Le Gouvernement a par ailleurs simplifié la réglementation en matière de marchés publics, de permis de construire et différentes procédures d’urbanisme comme les règles de mitoyenneté ou la procédure de modification des PLU (Plan Local d’Urbanisme).

Je souhaiterais, à cet égard, rappeler le succès de l’opération portant sur 30 000 VEFA (Ventes en l’Etat Futur d’Achèvement), qui a suscité une grande mobilisation dans tout le pays.

Ces mesures représentent de formidables leviers sur l’emploi et la compétitivité.

Je mets un point d’honneur, en tant qu’élu local, à ce que le territoire des Hauts-de-Seine joue un rôle phare dans la relance.

Nous avons accéléré la mise en route de grands projets tels que l’aménagement de l’Île Seguin où le principe d'un équipement musical a été arrêté par le Conseil général. Une étude de marché est actuellement en cours pour décider de la capacité et de la destination précise d’une salle qui sera située sur la pointe aval de l'Île Seguin et financée par le Conseil général.

Parallèlement, l'agence pour la Vallée de la Culture, présidée par Daniel Janicot, a signé un accord avec le Palais de Tokyo pour une étude de préfiguration d'une grande halle d'exposition d'art contemporain (type "modern Tate") qui serait située sur la pointe amont. Cette halle sera en partie financée par l'Etat.

Enfin, la ville de Boulogne-Billancourt vient de lancer un appel d'offre pour désigner un architecte-urbaniste coordonnateur des travaux sur l'ensemble de l'île.

Dans les Hauts de Seine, un quartier vous intéresse plus particulièrement aujourd’hui, je veux parler de La Défense.

En dépit des inquiétudes de la fin de l’année 2008, le marché des bureaux à La Défense résiste bien. Il reste le site dans lequel les volumes des demandes de première et seconde main sont les plus dynamiques en Ile-de-France, et confirme sa place de pôle d’affaires européen de premier plan.

Pour les années qui viennent, le plan de renouveau de La Défense, initié par Nicolas Sarkozy en 2006 lorsqu’il présidait l’EPAD, peut permettre aux investisseurs, dans une situation globale de forte contraction des constructions neuves à partir de 2010, d’enjamber la conjoncture, si l’on peut dire, et d’offrir dès la sortie de crise des solutions d’implantations aux grandes entreprises.

Cela dit, la crise financière rend très difficile l’analyse de l’offre future. La Défense est, comme tous les quartiers d’affaires, touchée par la crise de l’investissement en raison notamment de la taille des immeubles.

Pour autant, La Défense a concentré en 2008 deux des trois opérations d’investissements de plus de 200 millions d’euros réalisées sur le marché des bureaux en Ile-de-France. Ce qui tend à prouver que ce sont les grandes transactions qui animent – et devraient continuer d’animer – le marché.

En 2008, les opérations d’investissement ont concerné 12 immeubles sur l’ensemble du périmètre de La Défense dont 4 portent sur des opérations unitaires de plus de 100 millions d’euros.

Il s’agit de :

  • l’acquisition par le fonds allemand DEGI de CB16,
  • la vente par GE Real Estate à un consortium mené par AEW de la tour Winterthur,
  • l’acquisition par Capnexi (l’OPCI crée par Nexity et Natixis) des immeubles Bayer dans la zone d’influence de Puteaux,
  • enfin, Groupama a acquis l’immeuble PB22-23 vendu par la Foncière des Régions à 126,5 millions d’euros.

Ces 4 opérations représentent à elles seules 75,5 % des montants investis sur le périmètre.

Le Quartier d’Affaires concentre, comme d’habitude, la plus grande partie des volumes investis. En 2008, 83 % des montants investis y ont pris place.

A court terme, l’offre future neuve reste très faible au regard de la demande habituellement enregistrée sur le périmètre de La Défense. En dehors de l’offre disponible à 1 an (61 700 m²), la Tour First (CB31), l’immeuble Praetorium et l’Immeuble Marchés sont en chantier. Leurs 139 000 m2  seront livrés entre 2009 et 2011. L’absence de livraison en 2010 devrait ainsi permettre l’absorption de la totalité de l’offre neuve.

A partir de 2012, les premières tours liées au plan de renouveau de La Défense commenceront à être livrées. Ensuite, les livraisons s’échelonneront progressivement.Deux tours ont d’ores et déjà obtenu un permis de construire : il s’agit de la Tour Carpe Diem et de la Tour Generali. L’enquête publique de la Tour AVA est achevée, les permis de construire des Tour Phare, Air 2 et D2 sont en cours de pré-instruction. Les travaux de la Tour Gan vont commencer prochainement pour accueillir Suez Environnement. Les autres projets sont en phase d’étude. Je dois vous dire qu’à ce jour, aucun des projets annoncés n’a été remis en question.On constate, en outre, une augmentation de la pénurie de l’offre à court terme.117 650 m² sont désormais disponibles immédiatement, soit 15  % de moins que fin 2007.

A l’inverse de la tendance francilienne, La Défense continue d’exercer une très forte attractivité sur les grandes entreprises.De même que La Défense reste le seul site tertiaire à enregistrer une baisse du taux de vacance.Conformément à la tendance enregistrée en France et sur l’ensemble de la gamme des produits immobilier d’entreprise, les rendements des biens de standing ont commencé à se redresser. La tendance actuelle du resserrement des conditions de crédit nécessite, à l’évidence, un ajustement des valeurs et des taux. Cette évolution est indispensable au déblocage du marché. Elle a bien lieu à La Défense.

La crise nous invite à modifier nos comportements. Nous la subirons sans doute d’autant moins que nous aurons anticipé ses conséquences. Des changements radicaux, rapides, tant pour répondre aux contraintes environnementales et à la raréfaction des énergies qu’à la pression des opinions publiques qui ne comprendraient plus que les acteurs politiques et économiques restent indifférents à tant de signaux d’alarmes.Nicolas Sarkozy, mon prédécesseur à l’EPAD, a été visionnaire lorsqu’il a initié un grand plan de renouveau de la Défense. Un plan extrêmement ambitieux, porteur d’une nouvelle philosophie de la construction et de l’urbanisme des quartiers d’affaires.C’est ce qui nous a conduits, l’an dernier, à organiser le premier Sommet Mondial du développement durable des Quartiers d’Affaires.

A l’issue de ce sommet, nous avons créé le Réseau International des Quartiers d’Affaires qui va nous permettre d’entrer intelligemment dans l’ère du développement durable.Nous allons pouvoir définir ensemble des pratiques à vocation universelles. D’emblée, une évidence s’impose : celle de la mixité. Il faut que les quartiers d’affaires soient habités. Il faut y organiser la vie au-delà des heures de bureau.C’est l’idée de départ qui a inspiré le projet que nous allons dévoiler dans quelques instants.Un projet tout à fait exceptionnel, porté par l’agence Hermitage, imaginé par le cabinet de Sir Norman Foster, qui nous fait l’honneur et le plaisir d’être parmi nous aujourd’hui.Ce serait le premier immeuble européen à obtenir la certification BREAM Excellence, une norme exigeante, adaptée aux tours mixtes.

Au-delà du geste architectural, il s’agit d’un projet urbain puisque « Hermitage Plaza » relierait le quartier de La Défense à la Seine via une place publique, avec vue sur l’entrée du pont de Neuilly.Deux tours, puisque le projet en compte effectivement deux, de respectivement 91 et 93 étages, qui encadreraient un patio bordé de cafés, de restaurants et de commerces.

Ces tours sont d’un dessin très sobre, avec une structure extérieure portante en acier. Leur forme et leur transparence à la base donnent une grande impression de légèreté.Elles seraient les plus hautes tours d’Europe Occidentale.

Et à ce propos, je voudrais, pour finir, saluer l’extrême élégance de Sir Norman Foster, qui a eu la délicatesse très britannique d’arrêter son coup de crayon à une hauteur de 323 mètres. C'est-à-dire un mètre en dessous de la Tour Eiffel.   

Seul le prononcé fait foi