« Bercy est hostile à toute forme de décentralisation », Journal du Grand Paris, 12 janvier 2017

Décentralisation de La Défense, avenir de la métropole du Grand Paris, transfert de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises à la Région : Patrick Devedjian fait le point. (Relire l'interview sur Le Journal du Grand Paris)

Quels sont les termes de vos discussions avec le préfet de région sur La Défense ?

Il s’agit d’une décentralisation comme le dit la loi. Si c’est une décentralisation, on doit laisser aux collectivités locales une pleine autonomie dans leur gestion. Je n’ai aucun problème avec le préfet Carenco sur cette question. Le Premier ministre Manuel Valls a estimé, par voie de communiqué, et confirmé par une lettre qu’il s’agissait d’une décentralisation. Alors il faut que Bercy, qui est hostile à toute forme de décentralisation, accepte de passer la main et renonce aux faux-semblants.

Prendre La Défense en charge, c’est s’obliger à de gros investissements que l’Etat n’a jamais faits pendant 50 ans et qui ont laissé les infrastructures à l’état d’abandon. Nous y sommes prêts, car c’est l’existence même du quartier d’affaires qui est conditionnée par ces investissements. Bercy développe une stratégie pour faire croire que La Défense possède une valeur patrimoniale, ce qui n’est pas le cas. L’Epadesa, la société d’aménagement de La Défense, n’a pas de valeur mais plutôt un passif que l’Etat souhaite nous faire payer. Je le refuse, car la priorité est de développer l’attractivité du site.

Faut-il supprimer une couche aux millefeuilles en Ile-de-France et, le cas échéant, laquelle ? 

Le Grand Londres a deux niveaux, le Grand Paris cinq. Le conseil du Grand Londres a 26 conseillers, le Grand Paris 209. Et le reste est à l’avenant. De plus, je crois que le concept de métropole – comme le Brexit l’a montré – est dangereux pour l’unité nationale. On constate que les électeurs britanniques étaient favorables au Brexit hors de la métropole, et opposés à une sortie de l’Union européenne dans le Grand Londres. En réalité, concentrer toutes les richesses sur un périmètre fixe, déterminé par une frontière, pose un vrai problème de cohésion nationale, car l’on ne peut pas avoir un îlot de prospérité dans un océan de misère. Or, c’est ce qui a été ressenti par la Grande-Bretagne dans le cadre du Brexit. Ne reproduisons pas ce système qui a été fatal à l’Angleterre, et qui risque d’y changer complètement la donne politique.

Valérie Pécresse n’a pas assisté à votre cérémonie des vœux. Le transfert de la CVAE des départements à la Région, que vous contestez, l’explique-t-il ?

Nous sommes en effet fâchés contre la Région. Car ce transfert ne correspond à rien. La loi prévoit que les départements voient leur compétence transport transférée aux régions mais elle observe que, s’agissant de l’Ile-de-France, les départements ont déjà transféré cette compétence à la Région, dans le cadre du Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif). Autrement dit, au plan national, la loi organise un transfert de la CVAE pour compenser celui de la compétence transport, tout en prévoyant que la région Ile-de-France devra rembourser aux départements les sommes ainsi transférées. Cela n’a pas de sens. Mais il y a une petite perversité, car la loi fixe le montant de ce remboursement à la hauteur de celui encaissé au titre de la CVAE en 2017, et le fige pour les années à venir. Ce qui signifie que les Hauts-de-Seine n’auront plus, à l’avenir, le bénéficie des investissements réalisés en faveur de leur développement économique. Ces derniers profiteront désormais au conseil régional. Ce n’est pas juste.

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